L’avis du Spécialiste.
Allumez votre TV, ouvrez les journaux, écoutez les gens parler autour de vous: de la ménagère au supermarché, au PDG de la banque la plus proche de chez vous en passant par l’avocat d’affaire et le professeur de fac syndiqué - sans parler de toute la clique politique - le monde entier est unanime, c’est la crise. La pire que les PDEM (Pays Développés à Economie de Marché pour les intimes) aient connu depuis 1929.
Chacun pataugeant un peu dans ses propres problèmes financiers sans avoir très envie de mettre ni les mains dans le camboui, ni le nez dans ceux du voisin, mais personne n’ayant trop le choix si on veut réussir à transformer la parodie réglementaire actuelle en un réel contrôle des marchés financiers et des institutions bancaires, tout le monde y va de son explication sur le pourquoi du comment.
A ma petite échelle d’étudiante, ça donne quelque chose de plutôt amusant. Pas plus tard que jeudi matin, mon éminent prof de gestion financière interrompait son cours pour nous expliquer avec désinvolture que la crise ne faisait que commencer. Le saviez-vous? pour le moment l’effet-stock (c’est à dire les stocks dont disposent encore les entreprises) arrive encore à soutenir l’offre sur le marché des biens. Mais une fois cet écran de fumée dissipé, les entreprises dont la capacité productive s’amoindrit de jour en jour du fait de la baisse de l’investissement productif n’auront guère d’autre choix que de déposer le bilan (traduction: baisse des investissements = moins de machines pour produire, de véhicules pour transporter les produits etc…. = baisse de l’activité des entreprises). Donc elles ne seront plus solvables (à savoir elles ne pourront pas rembourser leurs dettes). Or ces entreprises sont endettées, ce qui signifie que les banques devront faire face à une impossibilité massive de remboursement et elle aussi, si elles ne bénéficient pas d’une aide quelconque de l’Etat, vont devoir mettre la clé sous la porte. Je vous laisse imaginer le chômage engendré…
24h (et une soirée arrosée) plus tard, mon (tout aussi éminent) prof de macroéconomie profite d’un cours sur les théories Keynesiennes pour nous livrer sa version des faits. Comment sortir d’une crise? Des calculs tous plus compliqués les uns que les autres et dont vous n’avez aucune envie d’entendre parler (et on remercie Avelmoo pour y avoir consacré une bonne partie de sa vie) montrent qu’il faut soit fixer les taux d’intérêt à une valeur inférieure au taux de croissance économique (mais comme on prévoit une croissance négative en 2010, ca risque d’être compliqué), soit endetter l’Etat et entrer dans un processus inflationniste pour dévaloriser cette dette (inflation = hausse des prix. Imaginez que votre baguette de pain coûte désormais 10€. Ca veut dire que vos 10€ ne valent vraiment plus grand chose puisque 10€ ajd’hui = 1€ hier. C’est pareil pour votre dette de X€, elle a maintenant une valeur de X/10€. Je sais pas si c’est très clair ce que je raconte, là…) ce qui les critères de Maastricht interdisent formellement (il faut dire que vis à vis de la concurrence, c’est pas très fair play comme attitude). Bref, autant vous dire mes chers petits que là non plus, on n’est pas sortis.
A côté de ça, je vous rassure, certains des plus brillants analystes du monde pensent que cette crise est salutaire pour purger l’économie mondiale de toutes les créances douteuses qui la gangrènent depuis quelques années et que tout rentrera bientôt dans l’ordre (bon, je vous l’accorde, ils ne sont pas nombreux, mais ils ont le mérite d’exister. D’ailleurs, comme le confiait notre président au Parisien “le matin, quand on entend la radio, on a l’impression que tout va mal!”, c’est donc bien qu’il n’y a pas à s’inquiéter, non?). Entre les pessimistes les plus sombres et ceux qui rayonnent d’optimisme, j’ai lu, vu et entendu tout un panel haut en couleurs de prévisions à plus ou moins long terme.
Bref tout ça non pas pour produire un papier alarmiste de plus, mais pour vous inciter à lire tous les autres avec un peu de distance. Je ne doute pas qu’il existe autant de versions de la crise que de gens brillants et hautement qualifiés pour en parler et je ne discute en aucun cas leurs compétences, de loin bien supérieures aux miennes. Je ne me permettrai pas de donner mon avis (si tant est que j’en ai un, d’ailleurs) sur la question. En revanche, je m’autorise à me méfier des boules de cristal qui fleurissent un peu partout ces jours-ci et qui déclarent sur un ton péremptoire ceci ou cela en vertu de telle ou telle formule mathématique ou de telle ou telle loi du marché.
Que le week end commence, et n’hésitez pas à consommer, on ne sait jamais, il parait que ça pourrait relancer l’économie….